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Il ne sert à rien de rapporter ici en détails l'histoire de Rhavia. Elle le fait beaucoup mieux elle-même dans son prochain roman à paraître, Le Crime des Sens. Même si elle recouvre son récit d'un voile de pudeur et de poésie, à la fois léger et opacifiant, les mots percent cependant, lumineux, pointus, dévorants, portés par une écriture dense et inspirée. 

Rhavia TAHARDJI, auteure compositeur interprète, poétesse, écrivaine, slameuse, passeuse de savoir, donneuse d'amour, souveraine en son royaume.
L'un des dilemmes récurrents de cette belle artiste est de se demander si elle aurait connu le même bonheur dans l'écriture sans subir le moindre tourment. Autrement dit, la littérature l'aurait-elle pareillement réconfortée de ses bras puissants si la vie avait été plus tendre avec elle ? 
Était-ce le prix -outrageusement cher- à payer ?



L'idée-même d'une telle alternative peut sembler absurde voire perverse, mais elle donne toute la mesure de l'abîme qu'il lui reste encore à franchir. Mais les chanceux avec qui la jeune femme a collaboré, ceux qui ont déjà pu lire ses textes ou écouter sa voix, savent bien eux qu'un tel talent n'a pu naître que dans une fleur des prés et pas sur un tas de boue ; qu'une telle émotion, on l'a ancrée en soi dès le premier souffle, depuis toujours, et que si ce trésor avait été cajolé et chéri, il ne se serait pas évaporé, bien au contraire, il aurait juste pris une teinte différente, comme les mille et une nuances d'une même nuit d'été. ​
Native de Moselle, Rhavia vogue entre plusieurs lieux, ceux de l'enfance, de l'adolescence, d'aujourd'hui, où le froid de Lorraine est moins vif que celui du silence. Elle évoque aussi l'Algérie, terre de racines, dernière demeure de ses parents, cet orient qui l'assoiffe et l'apaise et dont elle a appris la nostalgie, à travers les souvenances paternelles. Sa mère est aussi très présente, dans la vie et dans l'absence, fardeau de joie et de peine, porté amoureusement à bout de bras. 

L'écriture a grandi en Rhavia comme un besoin irrépressible. Au fur et à mesure qu'on vidait son enfance de sa substance, elle a d'abord cherché refuge dans les livres, notamment auprès de Rimbaud, qui devient son compagnon d'infortune. Déterminée, elle s'accroche avec détermination aux encouragements de quelques professeurs, comme sa désormais amie Maïté, qui lui permettent de ne pas tomber dans le puits glissant et sombre du désespoir et de la violence. La cité la traque et la blesse, bientôt la cité ne l'atteindra plus. Au collège, elle découvre aussi Barbara, mais ne comprend que plus tard la vraie résonnance des chansons de la dame brune, sur son propre parcours.


Rhavia se coud les poings serrés, une armure de mots. Elle écrit très tôt des recueils de poèmes, s'enflamme déjà pour Verlaine, Rainer Maria Rilke, John Keats, mais aussi Balzac, Zola, Anouilh, Bernard-Matie Koltes, Djalâl-od-dîn Rûmî et son Mathnawi... elle poursuit son parcours universitaire hypokhâgne, maîtrise, sciences de l'éducation et plus tard un master en ingénierie d’économie sociale et solidaire et un master en médiation. Elle prépare actuellement une thèse sur la littérature francophone algérienne et intervient comme consultante auprès des SIAE et des entreprises relevant de l’ESS. Chaque nouvelle rencontre littéraire est un éblouissement. Ses parrains s'appellent Roger Bichelberger, Paolo Coelho qui lui ont personnellement prodigué en leur temps louanges et encouragements. Son ami et parolier Claude Lemesle lui écrira des chansons dignes de ce nom, révélant ainsi la sensibilité et l'audace pertinente de l'artiste. Rhavia aura écrit plus de 200 chansons.


En parallèle, c'est le début des ateliers d'écriture qu'elle initie et anime elle-même. Rhavia, comme une figure maternelle, régurgite ses connaissances, son expérience, sa passion pour donner envie et surtout confiance à une multitude d'élèves, jeunes ou âgés, souvent en situation de précarité sociale ou intellectuelle, en panne de rêves, aux ailes cassées. Elle leur apprend les bienfaits de la lecture, le plaisir d'écrire. Elle leur révèle comment faire danser les mots sur une feuille de papier ou dans l'air qu'ils respirent. Certains embrassent la stature d'auteur, d'autres repartent tranquillisés de pouvoir rédiger une lettre de motivation digne de ce nom. 

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Au décès prématuré de ses parents, Rhavia part se retrouver ailleurs. Elle s'installe quelques mois en Syrie, parcourt la Jordanie, le Liban. En rentrant, elle multiplie les projets culturels, les spectacles, les ateliers d’écriture.
Les publications se succèdent, littéraires et musicales, les maux d'Al Djazir en 2004, Dilemmes en 2006, Paroles de Slam en 2011, un album Calame en 2009, ainsi qu'une incroyable reprise de deux titres de Jacques Brel... 

Une parole sincère, engagée, spirituelle, universelle, libre enfin. Libre de toute entrave.